ChatGPT, Claude, Gemini : pourquoi chaque LLM recommande des marques différentes
Geovise
Si vous avez déjà posé la même question à ChatGPT, Claude et Gemini et obtenu trois listes de marques recommandées différentes, ce n'est pas une coïncidence. Chaque grand modèle de langage a sa propre logique pour décider quelles entreprises méritent d'être citées, et ces différences ont des conséquences concrètes pour les équipes marketing B2B. Comprendre les mécanismes propres à chaque modèle est désormais une compétence fondamentale pour toute organisation qui souhaite être recommandée par les IA.
Pourquoi les LLMs ne s'accordent pas sur les marques à recommander
À haut niveau, les trois grands modèles — GPT-4o (OpenAI), Claude 3.x (Anthropic) et Gemini 1.5 (Google) — sont entraînés sur des corpus qui se recoupent mais restent distincts, affinés avec des jeux de données de feedback humain différents, et mis à jour selon des calendriers propres à chacun. Ces trois variables suffisent à produire des résultats significativement différents pour une même requête de découverte de marques.
L'implication pratique est loin d'être anodine. Une analyse des mentions de marques sur les plateformes d'IA montre que le chevauchement des recommandations entre deux grands LLMs peut être considérable : des données terrain montrent des écarts comme 80% de visibilité sur ChatGPT contre seulement 20% sur Claude pour les mêmes prompts (Allmond, 2025). Autrement dit, une marque très visible sur un modèle peut être presque absente d'un autre. Pour les acheteurs B2B qui utilisent plusieurs assistants IA pendant leur phase de recherche — et 89% des acheteurs B2B ont adopté la GenAI comme source d'information dans leur processus d'achat (Forrester, 2024) — cette fragmentation signifie qu'une marque peut être très visible dans un modèle et totalement absente d'un autre.
Comment ChatGPT sélectionne les marques
Récence et signaux de navigation web
ChatGPT (lorsque sa fonctionnalité de navigation est activée) récupère et pondère activement le contenu web récent. Il est donc particulièrement sensible aux signaux de fraîcheur : couverture presse publiée récemment, pages produit nouvellement indexées, données d'avis à jour sur des plateformes comme G2 ou Capterra. Les entreprises qui publient régulièrement et obtiennent des mentions tierces récentes disposent d'un avantage structurel.
Information structurée et facilement extractible
Les modèles d'OpenAI ont démontré à plusieurs reprises une préférence pour les contenus faciles à extraire et à synthétiser. Les sites qui utilisent des phrases de définition claires (« X est un Y qui... »), une hiérarchie de titres bien balisée et un balisage Schema.org fournissent à GPT-4o des signaux propres qu'il peut intégrer directement dans une réponse. Les textes vagues et promotionnels sont généralement ignorés au profit d'alternatives factuelles et structurées.
La popularité de la marque comme a priori
Parce que le corpus d'entraînement de ChatGPT est pondéré en faveur des sources à fort trafic, les marques dotées d'une présence en ligne solide sur de nombreux domaines (entrées Wikipedia, profils Crunchbase, mentions presse dans des médias reconnus) bénéficient d'un a priori de popularité. Les acteurs plus récents ou de niche font face à une barre plus haute, indépendamment de la qualité réelle de leur produit.
Comment Claude sélectionne les marques
La profondeur plutôt que la largeur
Le Claude d'Anthropic accorde visiblement plus de poids à la profondeur thématique. Là où ChatGPT peut faire remonter une marque parce qu'elle apparaît fréquemment dans de nombreuses sources légères, Claude tend à récompenser les entreprises dont le contenu témoigne d'une véritable expertise métier. Les articles de fond, la documentation détaillée, les études de cas avec des métriques précises et l'attribution à des auteurs identifiés et crédibles sont tous corrélés à une meilleure visibilité dans Claude.
Prudence face aux affirmations non vérifiées
Claude est entraîné avec un fort accent sur la prudence épistémique. Il est plus enclin que ses pairs à nuancer ses recommandations lorsqu'il ne peut pas croiser les références d'une marque sur plusieurs sources indépendantes. Une entreprise qui apparaît principalement sur son propre site — sans discussions de forums, avis ou articles de presse corroborants — risque d'être dégradée dans les réponses de Claude, même si son contenu est excellent. Les signaux de réputation externe jouent un rôle disproportionné pour la visibilité dans Claude.
Alignement avec un ton neutre et informatif
Les contenus rédigés sur un ton neutre et éducatif s'alignent mieux avec les objectifs d'entraînement de Claude que le langage promotionnel. Claude est particulièrement susceptible de citer des sources qui expliquent un sujet en profondeur avant de mentionner un produit, à la manière d'un bon rapport d'analyste. Les équipes marketing qui produisent des contenus genuinement informatifs, plutôt que des argumentaires commerciaux à peine déguisés, obtiennent des résultats mesurables dans les recommandations de Claude.
Comment Gemini sélectionne les marques
Le Knowledge Graph de Google comme fondation
Gemini dispose d'un avantage structurel qu'OpenAI et Anthropic n'ont pas : un accès direct au Knowledge Graph de Google et à son index de recherche. Cela signifie que les marques dotées de profils Google Business bien entretenus, de bons classements en recherche organique et d'une entité clairement définie dans Search Console sont mieux positionnées dans les réponses de Gemini dès le départ. Si une marque est bien comprise par Google Search, elle a de bonnes chances d'être bien comprise par Gemini.
La clarté d'entité comme prérequis
Gemini est particulièrement sensible à la clarté d'entité, c'est-à-dire à l'identification sans ambiguïté d'une marque, de ses produits et de sa catégorie. Les entreprises aux noms génériques, avec plusieurs produits aux noms similaires ou au positionnement catégoriel flou tendent à mal performer. Gemini doit pouvoir répondre à la question : « Qu'est-ce que cette entreprise, que fait-elle, et à qui s'adresse-t-elle ? » Si la réponse nécessite une inférence plutôt qu'une extraction directe, la marque risque d'être omise.
Signaux locaux et sectoriels
Grâce à son intégration poussée avec les signaux locaux et sectoriels de Google, Gemini fait également remonter les marques différemment selon le contexte géographique de la requête et le secteur d'activité. Une entreprise SaaS B2B qui a investi dans des pages de destination spécifiques à chaque région et dans un balisage schema adapté à son secteur (comme SoftwareApplication ou Product) tend à surpasser les concurrents qui s'appuient sur une page d'accueil générique.
Ce que cela implique pour votre stratégie GEO
La leçon principale est qu'il n'existe pas de stratégie d'optimisation unique qui maximise uniformément la visibilité sur les trois modèles. Une marque qui a optimisé exclusivement pour ChatGPT (en misant sur la fraîcheur et les données structurées) peut sous-performer sur Claude (qui valorise la profondeur et la validation externe) ou sur Gemini (qui exige une clarté d'entité et un alignement avec les signaux Google).
Cela plaide fortement en faveur de diagnostics par modèle. Avant d'investir dans des améliorations de contenu ou techniques, les équipes marketing B2B doivent connaître leur score de visibilité réel dans chaque modèle séparément. Apparaissent-elles dans le top des recommandations de GPT-4o mais pas dans celles de Claude ? Sont-elles bien positionnées dans Gemini mais invisibles dans ChatGPT ? Sans cette base de référence, les efforts d'optimisation risquent d'être mal orientés.
Le LLM Scan de Geovise répond précisément à ce besoin : il interroge ChatGPT, Claude et Gemini avec des prompts sectoriels, génère un score de visibilité par modèle et permet aux équipes de comparer leur positionnement sur les trois dans un tableau de bord unique. Cela permet d'identifier facilement quel modèle représente le plus grand écart et où concentrer les efforts en priorité.
Actions concrètes pour optimiser sur les trois modèles
1. Construire une couche d'entité cohérente
Commencez par ce que les trois modèles ont en commun : ils ont tous besoin de comprendre clairement qui vous êtes. Implémentez les schemas Organization et SoftwareApplication sur votre page d'accueil, maintenez à jour votre présence sur Crunchbase et Wikipedia, et assurez-vous que votre nom de marque, votre catégorie et votre proposition de valeur sont énoncés explicitement et de manière cohérente sur toutes vos pages principales.
2. Produire du contenu en couches, entre profondeur et fraîcheur
Publiez un mélange de contenus evergreen et approfondis (qui bénéficient à Claude) et de pièces régulièrement mises à jour, proches de l'actualité (qui bénéficient à ChatGPT). Le contenu evergreen doit inclure des informations sur les auteurs et des affirmations spécifiques et vérifiables. Le contenu plus récent doit cibler les questions sectorielles du moment et être diffusé sur des plateformes où il peut générer des citations tierces.
3. Investir dans les signaux de réputation externe
Les trois modèles croisent des sources externes. Priorisez les mentions sur les plateformes d'avis (G2, Capterra, Trustpilot), les forums sectoriels (Reddit, Quora) et les médias spécialisés. Claude en particulier récompense les marques qui apparaissent comme indépendamment validées sur plusieurs domaines externes. Même 5 à 10 mentions externes de qualité peuvent significativement faire évoluer la crédibilité perçue d'une marque dans les réponses des LLMs.
4. Suivre chaque modèle séparément
Ne supposez pas qu'un gain de classement dans un LLM se traduise automatiquement par des gains dans les autres. Suivez votre score de visibilité par modèle dans le temps, et traitez chaque LLM comme un canal distinct avec sa propre logique d'optimisation. Lorsqu'un changement de contenu ou de signaux externes produit un résultat dans un modèle, analysez pourquoi avant de généraliser la leçon aux autres.
L'avantage concurrentiel de raisonner par modèle, et non par mot-clé
Les acheteurs B2B qui se tournent vers des assistants IA pour des recommandations de fournisseurs ne cherchent pas de publicités. Ils cherchent des réponses fiables. Les marques qui comprennent comment chaque modèle construit ces réponses et qui investissent de manière systématique pour répondre aux critères spécifiques de chacun accumuleront un avantage composé qui devient de plus en plus difficile à combler avec le temps.
À mesure que les LLMs s'intègrent plus profondément dans les processus d'achat B2B, la question n'est plus de savoir s'il faut se préoccuper de la visibilité IA. C'est de savoir quel modèle votre prochain client a utilisé lorsqu'il a tapé sa requête, et si votre marque est apparue dans la réponse. Pour répondre à ces deux questions, il faut des données de visibilité par modèle, et ces données doivent être collectées avant de commencer à optimiser, pas après.